Le Soleil repris par Senegal Business

 

senegal  aziz_diaUnited Bank for Africa, la plus grosse banque Nigérienne, cinquante ans d’existence, vient d’ouvrir sa filiale sénégalaise. Notre reporter a rencontré son directeur, M. Abdoul Aziz Dia, qui décline sa stratégie novatrice dans le paysage bancaire.

Pourquoi avez-vous décidé, dans votre stratégie d’implantation, de ramener à zéro les frais de tenue de compte ?

Il s’agit du résultat d’une réflexion d’ensemble sur notre stratégie de banque de détail. Nous avons pour ambition d’augmenter le taux de bancarisation au Sénégal. C’est la raison pour laquelle, comme première mesure, nous avons décidé de ramener à zéro les frais de tenue de compte. Depuis que nous avons lancé cette campagne, nous avons constaté un afflux de clients. En regardant le reste du monde, c’est une pratique courante ailleurs. La zone Cfa est encore l’une des dernières régions où des frais de tenue de compte sont pris aux particuliers, mais nous voulons anticiper le mouvement et de toute façon nous y arriverons. Les consommateurs ont à gagner ; ils ont le droit d’avoir accès à des services bancaires à des coûts abordables…

Est-ce une mesure ponctuelle ou est-ce le label d’Uba Groupe au Sénégal ?

Il ne s’agit pas d’une promotion ponctuelle, limitée dans le temps. C’est quelque chose qui est définitif. C’est un axe très fort dans notre stratégie de développement dans la banque de détail. La banque est un métier très vaste. Une multinationale peut être un client ; un particulier peut être un client ; l’Etat peut être un client. Même des gens qui n’ont pas de compte peuvent être des clients. C’est le cas de celui qui vient faire du change. On peut classer la clientèle en trois grands groupes. Il y a d’abord la clientèle-entreprise. Ensuite la clientèle des particuliers et enfin ce qu’on peut appeler la banque électronique.

De plus en plus de banques s’implantent au Sénégal. Pourtant, peu de Sénégalais disposent d’un compte bancaire… ?

Nous voyons le faible taux de bancarisation au Sénégal comme une opportunité, non pas comme un frein. Justement parce qu’il y a quinze ou seize banques au Sénégal et que le taux de bancarisation est de 07 %, nous pensons qu’il y a de la place pour ceux qui veulent faire de la banque de détail. Comment allons-nous faire pour gagner de l’argent alors que l’on fait l’impasse sur les frais de tenue de compte ? Il y a plusieurs segments dans une banque et les frais de tenue de compte sont un parmi d’autres. Dans notre stratégie de revenus, nous pensons qu’il ne faut pas faire subir aux particuliers des charges trop lourdes par rapport à leurs revenus.

En faisant l’impasse sur les frais de tenue de compte, vous vous délestez en même temps d’importants revenus d’autant que vous ne faites pas dans la banque d’investissement… ?

La banque d’investissement n’a pas aujourd’hui bonne presse. Elle est à l’origine des problèmes que vous connaissez, notamment la crise financière internationale. Aujourd’hui, la banque d’investissement ne nous intéresse pas pour le Sénégal. La palette est très large pour une banque de détail. On a les moyens de faire de la banque d’entreprise, de la banque électronique, du change, de la trésorerie, du ramassage de fonds, des lettres de crédit, des cautions, des avals… Faire l’impasse sur les frais de tenue de compte ne veut forcément pas dire que nous mettons en dangers nos éventuels revenus. Nous sommes des banquiers professionnels. Encore une fois, il s’agit d’une stratégie d’ensemble. Notre stratégie a été élaborée par rapport à différents segments de marché et la banque de détail en est un…

Dans un pays à fort taux d’émigration, les banques investissent beaucoup dans le transfert d’argent. Intégrez-vous ce secteur dans votre stratégie de développement ?

Absolument ! C’est un créneau qui est extrêmement important pour nous. Nous allons développer un produit qui s’appelle « Africash ». C’est un produit qui permet de faire un transfert instantané que vous soyez ou non un client de Uba dans tous les pays où nous sommes présents. Aujourd’hui, nous sommes présents dans douze pays en Afrique et nous le serons dans dix-neuf à la fin de cette année. A l’échelle de ces dix-neuf pays, nous pourrons faire des transferts instantanés à des coûts défiant toute concurrence. Pour les pays situés en dehors du continent, nous sommes présents aux Etats-Unis d’Amérique, en Angleterre, en France ; le produit « Africash » sera disponible dans ces pays-là. Nous avons également un partenariat avec « Money gram ».

Pensez-vous que la législation en vigueur est attractive pour relever le taux de bancarisation ?

Nous ne nous sentons pas gênés par la législation pour relever le taux de bancarisation. Bien au contraire ! De par les conversations que nous avons eues avec la banque centrale et le ministère de l’Economie et des Finances, nous sentons une réelle volonté des autorités d’aller dans ce sens. Rien aujourd’hui dans la législation ne freine le relèvement du taux de bancarisation. C’est nous banques commerciales qui devrons élaborer des stratégies adéquates pour relever ce taux.