Parmi les fléaux dont souffre l'activité économique dans la plupart des capitales de l'UEMOA, il y a en bonne place la pénurie de petites coupures et de pièces de monnaie. Cette pénurie est si grave et si persistante qu'un commerce illicite et illégal de vente de pièces et de billets s'est progressivement développé au vu et au su de tous.

Cette situation crée des difficultés supplémentaires aux économies peu bancarisées des pays de l'Union dont les populations souffrent le martyr pour les actes quotidiens que sont l'achat d'une baguette de pain, d'un ticket de bus ou d'un médicament. Il arrive que l'achat ne puisse se faire en raison du manque de pièces. Il arrive également qu'en guise de reste de monnaie, le client soit obligé d'accepter un objet de valeur identique, souvent du bonbon ou du chocolat. Les caisses des boutiques, des hypermarchés et des pharmacies sont équipées de paniers de sucrerie à cet effet.

Cette substitution de la petite monnaie par la sucrerie pourrait engendrer un problème de santé publique. En effet, il n'est un secret pour personne que la consommation excessive de ces produits est nuisible à la santé (obésité, carie dentaire, etc). L'absence d'étude scientifique ciblée dans nos pays rendra cette causalité difficile à appréhender même si cela s'avérait. Ce risque a été identifié en Europe. Joseph Stiglitz dans son célèbre ouvrage Économie monétaire : un nouveau paradigme, écrit  : « L'Italie connut plusieurs fois des périodes de manque de monnaie courante avec peu de gêne pour le commerce ; l'effet le plus voyant fût le nombre croissant de caries dentaires engendrées par le nombre légèrement plus grand de morceaux de sucre consommés puisque ces derniers étaient couramment utilisés comme petite monnaie ».

 La monétique balbutiante ne permettra certainement pas d'annihiler l'effet d'une pénurie de petite monnaie sur le petit commerce dans l'UEMOA. Le développement du commerce de monnaie montre bien que cette dernière est indispensable. Et comme les autres pays du monde, il faudra se soucier de la santé des populations à qui sont imposées subtilement des habitudes alimentaires plutôt néfastes. Tout doit donc être fait par les autorités régionales et nationales en charge des différents volets de ce problème pour qu'il soit résorbé.

 GAJ